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icone carre vert Soirées récits - Voyage à vélo - Lumbin/Lumibini au Népal par Camille Fabre

Camille Fabre vous propose deux soirées de récits de voyage à vélo suivis de concerts.
Samedi 20 octobre et samedi 24 novembre à 19h30 Salle Icare à Lumbin.

Une nana à bicyclette de Lumbin à Lumbini au Népal (tout ça pour un jeu de mots …)
D'août 2015 à octobre 2016, Camille Fabre a voyagé en solitaire sur la route de la soie en vélo. Elle a traversé 11 pays (l'Italie, la Grèce, la Turquie, l'Iran, le Turkménistan, l'Ouzbékistan, le Tadjikistan, le Kirghizstan, et après un peu d’avion, l'Inde du Nord et le Népal) en 15 mois et a parcouru plus de 11 000 km. Elle proposera deux soirées récits de voyage à la salle Icare de Lumbin.

- Le samedi 20 octobre, elle racontera la partie de France jusqu’à la frontière turque. En deuxième partie de soirée, le groupe des Blacks Loukoum proposera un concert de rébétiko. Ilias & Alexis Moutzouris, Rabah Hamrene, Elenie Polimenopoulou et Florent Diara (chant, bouzouki, guitare, violon, oud, baglama, percussions) nous font voyager entre les tavernes d'Anatolie et les faubourgs d'Athènes, du Pyrée : 1922 en Asie Mineure !

- Le samedi 24 novembre, ce sera les récits d’Iran jusqu’au Népal. Cette fois, le musicien iranien Delavar Iraninasab conclura la soirée. Accompagné de ces musiciens, il chantera les textes des grands poètes persans Ferdowsi, Hafez et Saadi.

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Lors des deux soirées, des photographies du voyage seront exposées dans la salle Icare. Le prix de l’entrée
sera à 5 euros pour les plus 12 ans. Le produit de la billetterie sera remis aux musiciens.

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icone carre vert Récit du voyage de Camille édité dans le Lumb'infos 54

Voici le fantatstique récit de voyage d'une Lumbinoise de 27 ans qui est partie seule à vélo juq'uà un village jumeau :
Luminini au Népal !

> Camille Fabre, Lumbin/Lumbini, cyling for a joke !

De Lumbin dans les Alpes à Lumbini au Népal ; d’un village à l’autre, à une voyelle près. Le 5 août 2015, mon périple à bicyclette a commencé : Alpes, Italie, Grèce, Turquie, Iran, Turkménistan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Kirghizstan, un peu d’avion, puis Inde du Nord et Népal. Ça fait 11 000 km en 15 mois en solo. Avant le départ, presque tout le monde me disait que j’étais folle. Toutes ces langues n’avaient peut-être pas complètement tort. Je n’avais jamais voyagé à vélo et je suis une bille en mécanique, comme les roulements. Ce qui étonnait les gens, ce n’est pas seulement la distance mais surtout le fait que je parte seule en tant que femme.

Je me suis parfois retrouvée dans des situations énervantes, voir exaspérantes, mais pas dangereuses. Les autochtones m’ont souvent pris sous leur aile pour me protéger, comme leur fille ou leur sœur. Le fait d’être une femme m’a permis de faire de vraies rencontres avec des femmes croisées sur la route, ce qui est beaucoup plus compliqué pour les garçons. J’ai croisé d’autres cyclistes avec qui j’ai partagé la route : un Turc, un couple de Français, un Anglais, un Bulgare, un Allemand au total pendant 4 mois.

Pour parler un peu de la moelle du voyage, comme on a peu de caractères, 9000 avec les espaces, et beaucoup de personnalité, je vais jouer au jeu des meilleurs et des pires souvenirs, même si parfois c’est mélangé.Le camping toute seule me faisait un peu peur surtout au début de mon voyage. Un soir en Grèce près d’Alexandroupoli, je n’ai pas respecté mes règles de camping (loin des villages ou alors dans le jardin des gens ; on ne bouge pas après avoir posé la tente). Vers 23h, je me suis retrouvée avec un Turc et un Russe. Le Russe, heureusement plus petit que moi, a insisté pour venir dans ma tente. J’ai dit non calmement plusieurs fois. Le Turc était d’aplomb et ils sont partis. Après ça, je n’ai pas dormi de la nuit.

Juste après, mon arrivée en Turquie a été chaotique. Mon premier hôte Couch Surfing était un relou de service qui a essayé de me pécho, pro Erdogan, qui ne déteste pas les chiites sans savoir pourquoi. Je me suis carapatée le lendemain. Les jours suivants, en direction d’Istanbul, j’ai trop pédalé et j’étais crevée, il pleuvait tous les jours. Je me demandais pourquoi mes amis aiment la Turquie alors que je n’y voyais que des gros moustachus désagréables et des plaines déprimantes. Mais, après j’ai adoré !L’Iran est un pays qui m’a beaucoup marquée. C’est le paradis des cyclistes. On y est en sécurité. Bien sûr, il ne faut pas aller chatouiller le nez du gouvernement en faisant du journalisme ou en soutenant les Kurdes, mais en tant que cyclotouriste, en général on ne le fait pas. L’hospitalité y est absolument incroyable. En plus de 2 mois, j’ai posé la tente 5 fois, dont 4 fois en refusant des invitations. La culture iranienne est extrêmement riche et les Iraniens connaissent leur passé, leurs racines et leurs poètes. Le pays est immense et très varié au niveau des paysages. J’y ai rencontré des montagnards, des théâtreux, des artistes, des femmes merveilleuses qui courent des marathons malgré les interdictions et qui font du stop seules dans le désert du Baloutchistan. Cela change de l’image que l’on a en France de la société iranienne.
Après une période euphorique, il m’a fallu du temps pour comprendre d’autres réalités du pays, que les Iraniens cachent avec dignité mais aussi une forme de déni : la Révolution Islamique, la terrible guerre Iran/Irak, l’omniprésence des services secrets, la quasi absence de débat politique, les problèmes d’addiction à la drogue chez les jeunes, la frustration sexuelle... Sept fois des gars ont essayé de m’embrasser dans les situations les plus incongrues. Dans le sud de l’Iran, quand j’étais seule, je faisais croire que j’étais un garçon pour ne pas me faire emmerder. Bref, l’Iran est un pays incroyablement attachant et complexe.

Ensuite un moment fort de mon voyage fut la Pamir Highway seule. C’était un défi assez incroyable à relever pour moi.
Pour ceux qui ne connaissent pas, la Pamir Highway relie le Tadjikistan au Kirghizstan en traversant un plateau désertique à 4000m sur 500km. C’est une des routes mythiques pour les cyclistes. On passe beaucoup de cols, le plus haut à 4600m. On porte souvent 3 jours de nourriture. Pour l’eau, ça dépend de la saison. Je n’aurais pas été contre l’idée de faire cette route accompagnée, mais fin avril, il n’y avait pas grand monde. Le début a été très dur de Kuliab à Khorog. Je n’avais même pas la satisfaction d’être très haut (1500/2000m) et j’étais épuisée par les routes défoncées et caillouteuses. Certains soirs, je me disais : «tu es complètement débile de pédaler et de dormir toute seule dans ta tente au Tadjikistan». Une fois, j’ai campé près de la route à la frontière afghane, en face de la rivière qui est minée. Il y avait un petit chemin. J’ai espéré ne pas être sur la route des passeurs de drogue. Tout s’est bien passé. J’ai appris plus tard qu’en 2015 il y avait eu des échanges de coups de feu entre des Talibans qui voulaient traverser la frontière et les militaires à quelques kilomètres. Une fois passé Khorog, ça commençait à aller mieux. Sur le plateau, les paysages sont absolument incroyables, la vie du cycliste solitaire méditative puisque j’ai parfois passé trois jours sans parler à personne (un exploit pour moi). Les cols sont un peu difficiles avec le manque d’oxygène mais en allant doucement, tout passe. Je suis tombée malade pour la première fois en buvant de la neige fondue. Cela m’a permis de découvrir les joies de la diarrhée à 4h du mat sous la voute céleste parcourue d’étoiles filantes.

Passons à un autre souvenir « coup de mou « : l’Ouzbekistan. L’architecture de Boukhara, Samarcande me fascinait. J’étais donc contente de les voir même si c’est très touristique. Mais les relations avec les Ouzbeks étaient difficiles. Pas très étonnant sachant qu’ils peuvent avoir de très gros soucis avec les militaires s’ils hébergent des étrangers. La dictature est une des pires au monde après la Corée du Nord et le Turkmenistan. Ils ont le même président depuis 25 ans, le seul en Asie Centrale qui soit resté en place après la chute de l’URSS. Un de mes seuls potes ouzbek m’a raconté une anecdote : dans un taxi, il dit «cette route est vraiment défoncée». Le chauffeur lui répond «on ne parle pas de politique dans mon taxi !».

Pour mon arrivée en Inde, j’ai été accueillie par un couvre-feu. Le Cachemire est une zone mouvementée depuis longtemps, où alternent périodes de calme et de violence. Trois jours après la fin du Ramadan, en juillet 2016, un leader séparatiste a été tué par l’armée indienne. Les jeunes Cachemiris se sont soulevés contre l’armée. Les séparatistes ont bloqué les routes et imposé la fermeture des magasins alors que l’armée avait mis en place un couvre-feu et tirait à balles réelles sur les manifestants. Après 10 jours de couvre-feu, il y avait déjà 35 civils morts. C’était la période des attentats de Nice, qui tournaient en boucle sur toutes les TV alors que presque personne en France ne parlait des événements du Cachemire. Les bus et taxis pouvaient rouler la nuit et après 10 jours à Srinagar, j’ai quitté la ville, alors que je commençais à me faire envahir par la déprime ambiante. Le couvre-feu a duré 2 mois et 80 civils sont morts.

Un autre grand souvenir, la traversée du Zanskar à vélo avec Kiyan. La partie la plus épique a été la traversée de Padum à Manali par le col Shingo La (5000m) sur un sentier de trek. On s’est retrouvé à faire un truc hyper dur, alors que ça aurait pu être simple si on avait pris des chevaux comme tout le monde assez tôt. On a dû pousser, porter les vélos, parfois enlever les sacoches, sur des sentiers escarpés avec des précipices vertigineux, pendant deux jours, les plus difficiles de mon voyage. Les peuplades reculées bouddhistes qui font rêver les bobos en quête de retour aux sources, ont parfois été déformées par le tourisme. Il fallait payer pour le moindre carré d’herbe pour planter la tente.

Pour finir, mon arrivée à Lumbini, le village de naissance de Bouddha, était forte en émotion et pas en chocolat. J’ai chanté du Jennifer Lopez dans la grande allée qui menait à la Pagode de la Paix sous les yeux éberlués de touristes thaïlandaises. J’ai présenté mon voyage à des écoliers. Leurs deux questions principales étaient : comment as-tu fait pour traverser les océans ? (ils me confondaient sûrement avec une Américaine) et comment tu faisais pour charger ton portable ?Un petit point de technique : je n’ai eu aucune difficulté à trouver des pièces de vélo jusqu’en Iran. Ça se complique pour les pièces et le gaz entre Mashad en Iran et Bishkek au Kirghizstan. Attention, avec l’altitude, les réchauds à essence ne marchent pas bien. Tous les gens que j’ai rencontrés sur le Pamir avaient des soucis alors que le gaz fonctionnait malgré les températures négatives (-10° la nuit).

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